Passer au zéro déchet dans la salle de bain : par quels cosmétiques commencer ?

Femme arrangeant des cosmétiques solides sur une étagère de salle de bain en bois clair, ambiance naturelle et épurée
6 juin 2026

Réduire les plastiques dans sa salle de bain attire de plus en plus de consommateurs français : selon l’étude 2025 de l’ADEME sur les cosmétiques solides, 78 % d’entre eux déclaraient avoir acheté au moins un cosmétique solide en 2024. La question n’est plus de savoir si la transition est pertinente, mais par quel bout du flacon la commencer. Ce guide propose une carte de route concrète, centrée sur trois familles de produits accessibles, pour amorcer une routine sans déchet progressivement.

Vos 3 repères avant de commencer :

  • Le shampoing solide est la porte d’entrée la plus accessible pour une première transition.
  • Les cosmétiques solides génèrent en moyenne 67 % de déchets plastiques en moins que leurs équivalents liquides (ADEME, 2025).
  • Lire la liste des ingrédients reste indispensable : l’ANSES rappelle que certaines mentions marketing ne sont pas réglementées.

La salle de bain concentre souvent à elle seule une douzaine de flacons plastiques. Shampoing, après-shampoing, gel douche, démaquillant, dentifrice… chaque produit génère son emballage, son transport, sa fin de vie. Comprendre quels produits remplacer en premier — et comment les choisir — permet d’agir sans se noyer dans l’offre croissante. Le marché des cosmétiques solides a progressé de 28 % en 2024, représentant désormais 6,7 % du marché total des cosmétiques selon le France Assureurs.

Face à cette offre qui s’élargit rapidement, une approche sélective s’impose. Plutôt que de tout remplacer d’un coup — démarche souvent décevante car elle multiplie les risques d’inadéquation produit/usage —, l’approche progressive par famille de produits offre un taux de succès nettement supérieur. 67 % de plastiques en moins, c’est ce que permettent les cosmétiques solides par rapport aux équivalents liquides, d’après l’ADEME.

Le shampoing solide : première étape naturelle

Parmi tous les produits capillaires, le shampoing concentre à lui seul l’essentiel du volume de plastique généré. Un flacon classique de 250 ml est utilisé, jeté, puis remplacé toutes les quatre à six semaines selon le type de cheveux et la fréquence de lavage. Sur un an, une seule personne peut ainsi générer entre huit et douze flacons plastiques rien que pour le shampoing.

Le passage à la version solide modifie ce calcul de façon sensible. Un shampoing bleu solide artisanal à la camomille matricaire bio, fabriqué à la main en Normandie et conditionné dans un shampoing bleu solide artisanal avec emballage compostable, remplace environ deux bouteilles de shampoing liquide standard. La formulation sans sulfate ni silicone, associée à des tensioactifs doux dérivés de la noix de coco, préserve le film hydrolipidique du cuir chevelu tout en assurant un nettoyage efficace.

67 %

de déchets plastiques en moins générés par les cosmétiques solides par rapport aux équivalents liquides

Comment choisir son premier shampoing solide ? La principale source de déception avec les shampoings solides tient à un mauvais appariement produit/profil capillaire. Cheveux fins et cheveux épais n’ont pas les mêmes besoins en corps gras, et une barre riche en beurre de karité peut saturer un cheveu fin en quelques lavages. Quelques critères structurent un choix éclairé :

Critères de sélection pour un premier shampoing solide
  • La nature du tensioactif principal : privilégier les dérivés de sucre (glucoside) ou de noix de coco pour les cuirs chevelus sensibles.
  • La liste des actifs ciblés : beurre de karité et huile de pracaxi pour les cheveux secs, protéines de riz hydrolysées pour les cheveux fragilisés.
  • L’emballage : compostable ou sans emballage du tout, pour rester cohérent avec l’objectif zéro déchet.
  • La traçabilité de fabrication : une origine artisanale française avec liste INCI complète garantit une meilleure lisibilité des ingrédients.

La période d’adaptation : un cap normal à passer. Les cheveux habitués aux shampoings conventionnels riches en silicones traversent souvent une phase de rééquilibrage sébacé de deux à quatre semaines. Durant cette période, le cuir chevelu — privé des agents occlusifs qui masquaient sa surproduction de sébum — retrouve progressivement son rythme naturel. Cette transition est connue et documentée : elle ne signifie pas que le produit est inadapté.

Rincer abondamment à l’eau tiède (et non chaude), utiliser un peigne à dents larges, et espacer légèrement les lavages en début de transition sont les ajustements les plus fréquemment recommandés. La pratique démontre que les consommateurs qui abandonnent le shampoing solide le font majoritairement dans les dix premiers jours, avant que l’équilibre se soit rétabli. Il suffit souvent de tenir ce délai pour que le résultat réponde aux attentes.

Pour aller plus loin sur le sujet et choisir un shampoing professionnel adapté à votre type de cheveux, plusieurs critères complémentaires entrent en jeu, notamment la porosité et la densité du cheveu.

Gel douche et savon solide : le remplacement le plus immédiat

Si le shampoing solide demande un peu d’adaptation, le savon solide est sans doute la substitution la moins perturbante de la routine. Le passage du gel douche liquide au savon solide ne nécessite aucun temps d’accoutumance notable pour la peau du corps, et les résultats — propreté, hydratation résiduelle, mousse — sont comparables dès la première utilisation.

Les ventes de shampoings solides ont bondi de 41 % en 2024 par rapport à 2023, selon le même Baromètre de France Assureurs, un signal clair que les habitudes évoluent rapidement sur ce segment.

Savon solide vs gel douche : ce qui change vraiment. La différence principale ne tient pas à l’efficacité nettoyante, mais à la gestion quotidienne du produit. Un savon solide bien drainé dure plus longtemps qu’un flacon de gel douche de volume équivalent, à condition de l’entreposer entre deux utilisations sur un porte-savon à rainures qui permet à l’eau de s’écouler. Un savon gorgé d’eau en permanence fond rapidement et perd de la matière utile.

Cas pratique : la transition gel douche → savon solide

Prenons le cas d’une personne vivant seule, qui achète un flacon de gel douche de 400 ml chaque mois. Sur une année, cela représente douze flacons plastiques et un budget de 35 à 60 euros selon les marques. En passant à deux savons solides artisanaux par mois — achetés en vrac ou avec emballage papier —, le volume de déchets plastiques chute à zéro sur cette catégorie. Le budget peut se maintenir dans une fourchette comparable ou légèrement supérieure à l’entrée, mais les données de consommation montrent que la durée de vie d’un savon solide bien entretenu dépasse souvent celle d’un flacon liquide de volume équivalent.

Le critère de sélection le plus pertinent reste la liste INCI : un savon de surgras avec une base saponifiée d’huile d’olive ou de coco, enrichi d’un actif ciblé (calendula pour les peaux réactives, argile pour les peaux mixtes), couvre l’essentiel des profils cutanés courants.

Le dentifrice solide ou en pastilles : un saut plus technique

Le dentifrice en tube plastique est l’un des emballages les plus difficiles à recycler dans la filière classique — tube multicouche métal-plastique, bouchon souvent non séparé. Le passage aux alternatives solides (pastilles à croquer, poudre dentifrice, barre solide) représente pourtant un saut plus technique que le shampoing ou le savon, car les attentes sensorielles y sont particulièrement ancrées : goût mentholé, texture mousseuse, sensation de fraîcheur immédiate.

Plusieurs formats existent sur le marché, chacun avec ses contraintes d’usage :

Formats alternatifs au dentifrice en tube
  • Pastilles à croquer : format compact, pratique en voyage, dosage précis à chaque brossage.
  • Poudre dentifrice en vrac : texture déroutante au départ, mais adaptation rapide — souvent recommandée pour les profils sensibles aux arômes forts.
  • Barre dentifrice solide : proche du maniement du savon, elle se frotte directement sur la brosse humide.

La pratique du marché démontre que les pastilles à croquer présentent le meilleur taux de maintien dans la durée, notamment parce que leur format unitaire limite la sensation de dépense et facilite la gestion des quantités. Elles constituent un point d’entrée raisonnable pour quiconque hésite encore.

Décrypter les étiquettes pour éviter les faux amis

L’expansion rapide du marché a aussi fait naître des produits qui jouent sur les codes visuels du zéro déchet — kraft, vert, mentions  » naturel  » ou  » sans plastique  » — sans toujours en respecter l’esprit sur le plan formulation. Savoir lire une étiquette devient une compétence de base pour ne pas gaspiller son budget sur des produits inadaptés.

Les recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire pointent un écueil fréquent : la mention  » sans sulfates  » n’est pas réglementée et peut donc figurer sur des produits contenant des agents tensioactifs de synthèse agressifs pour le cuir chevelu. Par ailleurs, une enquête de l’ANSES menée en 2023 a révélé que 12 % des cosmétiques solides analysés contenaient des allergènes non déclarés, ce qui impose une vigilance accrue sur la liste INCI complète.

Point de vigilance : Les cosmétiques solides doivent respecter le règlement européen (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques. La présence d’un emballage recyclable ou compostable ne garantit pas la conformité de la formule ni l’absence d’allergènes non déclarés. Vérifiez toujours la liste INCI complète et la présence d’un numéro de notification CPNP (Cosmetic Products Notification Portal) sur l’emballage ou la fiche produit. L’ANSES recommande une vigilance particulière concernant les allégations marketing non encadrées, comme la mention  » sans sulfates « .

Concrètement, quelques automatismes permettent de filtrer rapidement une offre lors d’un achat :

Comment lire l’étiquette d’un cosmétique solide en 3 étapes
  1. Localiser les tensioactifs

    Les tensioactifs figurent en début de liste INCI (ordre décroissant de concentration). Préférer les noms se terminant en  » glucoside  » (Coco Glucoside, Decyl Glucoside) ou en  » glutamate  » — signes de douceur — plutôt que  » Sodium Lauryl Sulfate  » (SLS).

  2. Repérer les allergènes potentiels

    Les 26 allergènes réglementés doivent être déclarés séparément dans la liste INCI dès qu’ils dépassent certains seuils. Une liste sans aucun allergène déclaré sur un produit très parfumé doit alerter.

  3. Vérifier l’emballage final

    Un emballage papier kraft non blanchi ou une boîte en carton sans pelliculage plastique confirme la cohérence écologique du produit. Un emballage plastique transparent autour d’un savon  » zéro déchet  » contredit le positionnement affiché.

Le point d’attention de la rédaction : Les données croisées de l’ADEME et de l’ANSES révèlent une tension structurelle dans le marché des cosmétiques solides : la croissance rapide du segment (34 % entre 2020 et 2024 selon l’ADEME) a attiré des acteurs peu rigoureux sur la formulation. L’absence de réglementation sur des mentions comme  » sans sulfates  » ou  » naturel à 100 %  » crée un environnement propice aux achats décevants. La recommandation qui émerge de ces constats :

  1. Prioriser les marques qui publient leur liste INCI complète en ligne, indépendamment de l’emballage.
  2. Croiser la mention  » sans sulfates  » avec la présence effective d’un tensioactif doux dans la liste (Coco Glucoside, Sodium Cocoyl Glutamate, etc.).

Votre feuille de route pour démarrer sans gaspiller

La transition la plus solide est celle qui se construit produit après produit, en attendant l’épuisement naturel de ce qui est déjà ouvert. Remplacer un flacon non terminé pour  » commencer vite  » contredit l’objectif de réduction des déchets. La logique du stock zéro — ne racheter qu’un produit une fois le précédent terminé, en version solide cette fois — est celle qui génère le moins de frustration et le moins de gaspillage.

Le parcours recommandé suit une logique de complexité croissante : d’abord le shampoing (impact visuel fort, marché mature), puis le savon corps (zéro friction d’usage), enfin le dentifrice (adaptation sensorielle légèrement plus longue). Les soins visage et le maquillage constituent une étape suivante, mais leur formulation en solide reste encore moins standardisée et mérite davantage de recherche préalable. Pour aller plus loin dans l’univers des soins capillaires et prendre soin de sa peau et de ses cheveux avec des formules adaptées, plusieurs ressources complémentaires permettent d’affiner ses choix selon son profil.

Votre transition zéro déchet salle de bain : actions concrètes
  • Identifier les trois produits que vous rachetez le plus fréquemment dans votre salle de bain.
  • Attendre l’épuisement complet de votre shampoing liquide actuel avant de commander la version solide.
  • Vérifier la liste INCI du produit choisi : tensioactif doux en tête de liste, allergènes déclarés séparément.
  • Acquérir un porte-savon à rainures avant de déballer votre premier solide pour garantir son drainage correct.
  • Passer au savon corps solide dès que votre gel douche actuel est terminé — c’est la substitution la moins contraignante.

La cohérence d’une routine zéro déchet ne se mesure pas à la vitesse de la bascule, mais à sa durabilité. Trois produits bien choisis, utilisés jusqu’au bout et remplacés par des solides adaptés valent mieux qu’une salle de bain entièrement réorganisée en une semaine et abandonnée au bout d’un mois faute d’habitudes ancrées. Les données de marché indiquent que 62 % des consommateurs citent l’absence d’emballage comme premier critère d’achat — ce signal fort montre que la demande est là, et que l’offre de qualité suit.

Vos questions sur la transition zéro déchet salle de bain
Les cosmétiques solides coûtent-ils vraiment plus cher que les produits liquides ?

Le prix unitaire d’un cosmétique solide est généralement supérieur à son équivalent liquide de grande surface. Mais le coût d’usage — ramené au nombre de lavages ou d’applications — est souvent plus favorable, car les solides sont concentrés et ne contiennent pas d’eau comme solvant principal. Un shampoing solide artisanal remplace en pratique deux flacons de shampoing liquide standard, ce qui rééquilibre le calcul sur la durée.

Peut-on utiliser un shampoing solide sur des cheveux colorés ?

Oui, à condition de sélectionner un shampoing solide formulé sans sulfates agressifs. Les tensioactifs doux (glucosides, glutamates) nettoient efficacement sans déstabiliser la coloration. Les formules enrichies en actifs protecteurs — protéine de riz hydrolysée, huile de pracaxi — offrent un soin complémentaire qui préserve la brillance de la couleur. Pour les cheveux blonds, gris ou blancs, un shampoing solide à pigments bleus (chamazulène de camomille matricaire) neutralise activement les reflets jaunes indésirables.

Combien de produits faut-il remplacer pour que la transition soit réellement significative ?

Deux substitutions suffisent pour un impact mesurable. Shampoing et gel douche représentent à eux deux la majorité du volume plastique généré dans une salle de bain courante. Le passage à leurs équivalents solides réduit déjà de façon substantielle le nombre de flacons produits annuellement. La troisième substitution (dentifrice) affine encore le résultat, mais n’est pas indispensable pour que la démarche soit pertinente dès le départ.

Rédigé par Élise Fournier, rédactrice web et éditrice de contenu spécialisée dans la thématiquesanté et bien-être au quotidien, s'attachant à décrypter les tendances, analyser les réglementations et croiser les sources officielles pour offrir des guides pratiques, neutres et fiables.

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